Prenez Soin de Vos Émotions

Qu’est-ce qu’une Émotion, à quoi Sert-Elle et Pourquoi il ne faut Jamais s’abandonner aux Émotions Négatives

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De Quoi est Fait une Émotion?

Vous venez d’éviter de justesse une voiture qui allait vous percuter. Le choc. L’effroi. Les sueurs froides. Vous apprenez que le projet sur lequel vous travaillez depuis des années vient d’être accepté. La joie, l’immense joie. Le coeur qui s’emballe, les bras qui se lancent dans les airs : YES !

Qu’est-ce qu’une émotion ? Lorsque l’on visualise une émotion, on l’imagine facilement comme une sorte de voile d’une certaine couleur qui habillerait momentanément l’individu. Le vert pour la jalousie, le rouge sang pour la colère, le jaune pour la joie, comme le soleil. Une émotion émet une sorte de vibration, et généralement cette vibration vient d’une certaine zone de notre corps : le cœur pour l’amour, le ventre pour l’enthousiasme. 

Notre cerveau ajuste en permanence nos divers stocks d’hormones, neurotransmetteurs et autre substances dans notre corps. C’est son job. S’il repère un bout de nourriture alors que vous êtes dans le désert, il déclenche des cascades de dopamine, responsable de la motivation. S’il détecte que votre conjoint vous embrasse, il lance le signal pour l’ocytocine, l’hormone de l’attachement. Il repère maintenant un homme masqué tenant un couteau ? Boom, l’adrénaline. 

En permanence, à l’intérieur de votre corps se constitue un “cocktail” intérieur fait de divers ingrédients, extrêmement dynamique et réactif à absolument tout ce que vous percevez. En fonction de la teinte principal de ce cocktail, vous ressentirez telle ou telle émotion vis-à-vis de ce que vous vivez. Dans le sens inverse, la composition principale du cocktail vous inclinera à percevoir plus rapidement certaines choses que d’autres : celui qui vit dans la crainte des serpents — avec un cocktail au goût “peur”— verra des serpents partout, et la fatigue nous fait paraitre la vie de façon plus négative.

Si une émotion est un cocktail, ce cocktail fait de notre mémoire une éponge. Et plus le cocktail à un goût fort, plus l’éponge est puissante. 

Chaque jour, nous passons par de très nombreux états émotionnels différents. Nous sommes d’ailleurs constamment sous émotion — il n’y a pas de bouton ON/OFF ou de position neutre ; l’émotion est un gradiant allant de faible à fort, et le neutre est la mort. 

Dans la majorité de ces états émotionnels forts, il y a les petites choses du quotidien allant de la rigolade entre amis à la douleur de l’orteil dans la porte. Mais de temps à autres, nous connaissons des états beaucoup plus intenses, qui vont de la rencontre amoureuse à l’algarade avec un automobiliste, ou encore à la naissance d’un enfant. 

On se souvient sa vie entière de la naissance de son enfant, moins du brossage de dents d’il y a trois jours. C’est parce que l’importance d’un souvenir dépend de l’intensité de l’émotion qui y a été associée. L’importance du souvenir dépend de la puissance du cocktail que l’on buvait à ce moment. 

Nous disions plus tôt que le cocktail était fait de nombreux ingrédients et de combinaisons différentes. Nous pouvons tout de même diviser en deux grandes parties, en deux famille de cocktails notre palette d’émotions humaines : les émotions positives et les émotions négatives, et l’alternance entre ces pôles crée la pulsation de notre vie. 


A Quoi Sert Une Émotion ?

A chaque déclenchement d’une émotion, négative comme positive, correspond un événement important en termes d’évolution. Lorsque nous ressentons une émotion de la catégorie joie, par exemple en tombant amoureux, c’est le signe d’un comportement bénéfique : la possibilité de procréer. La sensation de stress/peur a quant à elle pour objectif de nous sauver la vie en mettant tous les sens en alerte. 

Sous l’effet de ces émotions, les réseaux neuronaux participant à l’action vont être accompagnés de molécules chimiques correspondantes. Ce sont des sortes de traceurs indiquant les autoroutes entre neurones qui relient ceux ayant participé à l’action où l’émotion était à l’oeuvre. 

Si le fait de s’être reculé d’une jambe a permis d’éviter une voiture, les molécules correspondant au stress ressenti vont se fixer sur les neurones ayant participés à ce mouvement. Dans le lit le soir, dès l’endormissement, le cerveau commence à faire le tri entre toutes les émotions vécues dans la journée. 

A ce moment, une émotion vécue, qu’elle soit positive ou négative, a pour signification une action salvatrice ou bénéfique : soit l’on a agi dans une action profitable à soi et au groupe (joie), soit l’on s’est sorti d’un problème dangereux et est toujours vivant (stress/peur). Dans tous les cas, il s’agit de comportements à conserver au cas où l’occasion ou le risque se représenterait. 

Pour cela, il faut faire de la place. Durant le sommeil, une protéine va donc venir se fixer sur les neurones non stimulés durant la journée afin d’indiquer à l’organisme de les dégrader peu à peu. Cela se déroulera sans attaquer les neurones « frais », les neurones qui nous ont été utiles, car cette protéine sera repoussée par la première molécule s’étant attitrée durant l’action. De cette façon, plus un schéma neuronal aura servi à une action intense, plus il sera conservé longtemps. 

Lors de ce ménage nocturne de nuits en nuits, il ne finit par rester que les connections entre neurones les plus utilisées et donc les plus importantes pour la survie. Pensez à cela : pour diminuer le traumatisme, on empêche parfois les victimes d’évenements graves de dormir dans les moments suivant le drame plutôt que de les laisser s’endormir plein d’angoisse ou de colère.

En plus de l’action de protection, va se dérouler une action d’épaississement des connections neuronales. Lors du sommeil, l’organisme va refaire fonctionner les synapses qui ont été tracées pas ces molécules afin de consolider, doubler, quadrupler le réseau entre les multiples neurones ayant fonctionné en synergie pour mieux les relier entre eux. Ceci permettra par la suite d’y faire transiter plus vite l’information électrochimique, et de créer des pensées automatiques et des réflexes permettant de réagir plus vite à certains événements.

Cette consolidation permettra d’établir des « ponts » entre neurones où l’information passera plus vite que dans les petits réseaux peu stimulés. C’est pour cela, par exemple, que nous avons du mal à apprendre à conduire, mais que nous nous améliorons avec l’expérience, les joies d’avoir réussi à passer les vitesses pour la première fois et la peur d’avoir eu un accident indiquant les réseaux à consolider, jusqu’à pouvoir conduire en automatisme. 

Par les émotions, nous avons ainsi bâti nos réflexes conditionnés permettant de vivre dans le présent sans toujours devoir solliciter l’esprit pour recalculer nos actes. On peut alors déduire que nos émotions sont extrêmement précieuses, et qu’en définitive chaque jour et chaque nuit nous remodelons notre cerveau pour l’adapter à notre milieu changeant.

Tous les matins c’est un être humain différent qui se réveille pour vivre dans un monde différent.

L’abandon, l’inactivité ou la dépression génèrent inévitablement la dégradation du cerveau, de la mémoire et ensuite à plus ou moins long terme de ses fonctions, entraînant la mort. Privez un être humain d’émotions et il ne sentira plus le goût de la vie, mais pire, il mourra progressivement de dégénérescence cérébrale et sera incapable d’apprendre de nouvelles choses — donc de s’adapter au milieu sans cesse changeant. D’un autre côté, la surstimulation émotionnelle dans la mauvaise direction, comme le stress chronique, peut également mener à la dépression, alors tout est histoire d’équilibre. 

Il est fondamental d’aimer la vie, de s’obliger à aimer et désirer, de combattre ou de se révolter pour continuer à exister mentalement et émotionnellement. 

Encore plus profondément, ceci nous concerne tous : si la gestion de ses émotions vaut au niveau individuel, c’est également le cas au niveau de l’espèce, car les émotions ont action mutagène : elles nous transforment, littéralement. Bienvenue dans le monde de l’épigénétique. 


Nos Émotions Guident Notre Évolution

Les gènes sont des potentialités qui s’expriment en fonction de l’ environnement. Dit autrement, un gène est un plan de construction mais encore faut-il avoir le permis de bâtir. L’individu peut avoir des gênes codant une grande taille, mais s’il est sous-alimenté durant l’enfance ces gènes ne s’exprimeront pas. 

Certains traits s’expriment néanmoins fatalement : la couleur de peau par exemple. Pourtant, même ceux-ci se modifient plus ou moins rapidement d’une génération à l’autre si l’environnement le requiert, et la rapidité de cette modification ainsi que la sélection de nouvelles mutations appropriées se fait par rapport à l’intensité de la pression du milieu. 

Plus le milieu est dur, plus la forme vivante s’y adapte vite (ou périt si la pression est trop forte). Là où cette adaptation touche le domaine de l’émotion, c’est que le stress engendré par la souffrance, la peur, l’angoisse, la colère ou la haine correspond le plus souvent à une confrontation a un milieu non propice à la vie, ou en tout cas difficile. 

Ce stress répété, en entraînant des productions de molécules pouvant dégrader le génome, accélère par-là la transmission de mutations génétiques. Ces mutations sont le plus souvent négatives , c’est-à-dire au mieux sans effet et au pire néfaste, comme l’anxiété chronique qui souvent développe l’asthme. Mais il suffit d’une seule mutation positive dans le lot pour qu’en s’adaptant physiquement et/ou psychologiquement, l’espèce trouve la clé de sortie à un défi de l’époque.

Si les émotions accélèrent donc l’adaptation, elles permettent aussi de réactiver des “gènes dormants”. Nous avons un réservoir d’adaptations stocké dans notre génome et prêtes à être activé en cas de besoin. Cependant, moins ces gènes sont réactivés, plus ils ont de chances de disparaître au bout de plusieurs générations, par souci d’économie d’énergie et pour laisser la place à d’autres mutations aléatoires potentiellement plus efficaces.

Un exemple : les enfants de survivants de gros traumatismes (comme des génocides) peuvent montrer des altérations biologiques normalement associées à des troubles post-traumatiques, même si ces enfants ne reportent pas souffrir de troubles psychiatriques. Dans le même ordre, L’expérience d’un lourd traumatisme dans la vie d’un parent est associée à un risque accru de trouble d’anxiété chez sa progéniture.

Être très anxieux lorsque vous êtes dans un environnement dangereux est ce qui vous sauvera. Le cerveau de ces enfants est en quelque sorte préparé à réagir à de tels évènements, et si cela devait se représenter peut-être qu’ils seraient les plus résistants. Si heureusement le cas ne se représente pas et qu’ils parviennent à se reproduire malgré une prédisposition aux troubles psychologiques, alors leurs descendants perdront peu à peu cette préparation ou susceptibilité.

Voici donc ce que nous pouvons retenir de l’épigénétique : nos émotions sont ce qui nous servent à ancrer dans nos mémoires des actions salvatrices ou à ne pas reproduire. Les choses qui s’ancrent le plus profondément seront ensuite transmises aux générations suivantes. 

Bien sûr, cela ne signifie pas qu’un enfant sera capable de se remémorer exactement le souvenir d’un moment vécu un grand père décédé. Les choses sont plus subtiles. Si votre père est menuisier, même sans l’avoir connu et même sans savoir sa profession, vous pourrez peut-être trouver une sorte de réconfort à décorer votre maison de nombreux objets de bois. Issu d’une famille religieuse, vous pourrez peut-être trouver un profond sentiment d’apaisement la première fois que vous ouvrez une Bible ou un Coran, même si vous n’avez jamais connu votre famille d’origine. 

Pris à l’échelle individuelle, une émotion est donc une pulsation de la vie, une pulsation car c’est l’alternance entre nos différentes émotions qui donnent sa saveur à la vie et dans le même temps nous permettent de la vivre. Une émotion est aussi un cocktail, dont une partie des ingrédients fut mis à disposition par toute notre lignée. L’autre partie fut ajouté par nous-mêmes, c’est-à-dire par notre configuration génétique propre ainsi que notre vécu. 

Suivez-moi pour la suite. Cela arrive bientôt. 

Boris Laurent 

Publié dans: Non classé

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