L’Incroyable Évolution du Sexe 

De Tarzan & Jane jusqu’à l’Orgasme et l’Effet Coolidge

Pixabay

Si vous passiez par une foret d’Afrique il y a huit millions d’années, vous auriez pu entendre les cris de nombreux primates. Parmi ceux-ci se trouvaient nos lointain aïeuls, qui bientôt découvriraient la bipédie. L’incroyable évolution de la sexualité humaine commençait dans ce même temps. Cette période était l‘introduction d’une pièce en trois actes.

La sexualité humaine est longtemps restée une énigme : contrairement à nos cousins les singes, nous nous accouplons toute l’année et pas seulement lorsque la femme est en période de fertilité. Nous nous prétendons monogames mais l’adultère est présent dans toutes les sociétés, et le pénis masculin est une bizarrerie de la nature.

Que s’est-il passé pour que tout se complique d’une telle façon ? Pourquoi n’en sommes-nous pas restés au fonctionnement libertin ? Mais la sexualité n’est que l’arbre qui cache le foret : d’où vient cet attachement viscéral qu’on nomme l’amour ? L’amour, la jalousie amoureuse, l’obsession des hommes pour les formes féminines et même l’attirance des femmes pour le rouge à lèvre : tout cela émergea en fait du chaos. De notre chaos primordial.


Quand une femelle chimpanzé est prête à être fécondée, c’est-à-dire qu’elle est en « période d’œstrus », ses parties génitales gonflent et se colorent d’un rouge intense. Cela n’échappe pas à tous les mâles de la zone, et dès ce moment les femelles copulent avec un maximum d’entre eux. Ce mode reproductif, qu’on appelle de “promiscuité”, entraîne une compétition énorme des différents spermes au sein de la femelle, et le mâle qui produira puis transmettra le plus de “matière” est celui qui pourra se reproduire. Le résultat est qu’une testicule de chimpanzé est aussi grosse qu’une boule de pétanque.

Les mâles gorilles, eux, sont quatre fois plus gros que les chimpanzés, mais ont des testicules quatre fois plus petites (laissons les bodybuilders en dehors de tout cela). La compétition spermatique est bien plus faible : un gros mâle dominant règne sur un harem qu’il défend avec ardeur. Cela lui laisse théoriquement le monopole, même si les femelles ne ratent pas une occasion dès que le patriarche a le dos tourné.

Comparez les testicules humaines à ceux de ces deux cousins, et vous remarquerez que leur taille se situe pile entre celles des chimpanzés et celles de gorilles. Avec ce que nous savons de nos lointain aïeuls, ceci indique qu’à partir d’énormes testicules obligatoires dans une forte compétition sexuelle, celles-ci se soit ensuite réduites du fait d’une restructuration dans le comportement sexuel. Nous sommes passés d’un comportement libertin à une sexualité plus cadrée et codifiée. 

La forme du pénis nous donne un indice sur quand cette première grande restructuration eu lieu. Les pénis des autres primates sont très fins et en forme de pointes, quand le pénis humain est plus large avec un bout, le gland, en forme de chapeau : pour celle-ci, on ne vous fait pas un dessin.

Ce qui entraîna cette différentiation ? De la simple mécanique. Puisque les singes sont quadrupèdes, les femelles n’ont pas à se relever après l’accouplement; le sperme ne coule pas de la paroi utérine. Le passage à la bipédie obligea par contre une évolution de la forme des parties génitales, puisque la femme se redressant, le sperme coulait et diminuait fortement les possibilités de fécondation.

Le pénis des hommes s’élargit alors, surtout à son bout, afin d’être utilisé comme « piston » et tamponner le sperme au fond de l’utérus féminin. Ce gland en chapeau permit également d’empêcher le sperme de couler lors de l’acte même, en remplissant toute la circonférence du vagin. Le vagin modifia quant à lui sa paroi lisse au profit d’une surface plus annelée et rugueuse, une nouvelle fois dans le but de conserver le sperme.

Via les testicules, nous savons donc qu’une énorme restructuration des mœurs sexuelles eu lieu. Nous savons aussi que la bipédie changea drastiquement la forme du pénis. Est-ce que la bipédie fut le déclencheur de cette restructuration ? Regardons à l’orgasme.


Primates de forets, les femelles, en criant, pouvaient prévenir qu’elles étaient fécondables lors de la copulation. Alors que les femelles ovulent une seule fois dans le mois, les mâles peuvent transmettre leurs gènes en permanence ; les premières avaient donc tout intérêt à maximiser leurs chances de fécondation en attirant le plus de mâles.

Partant donc d’un rôle de signal “d’alerte rose”, l’orgasme muta cependant de fonction au fil de notre restructuration sexuelle (donc si vous êtes un homme, n’allez pas frapper à la porte du voisin si vous entendez des gémissements suspects). 

Le cri d’orgasme féminin devint un signe indicateur de la fertilité de la femme : plus une femme est proche ou en pleine période fertile, plus elle pourra être excitée. Les cris et gémissements sont alors de parfaits indicateurs de l’excitation de la femme pour l’homme, homme qui sera encore plus excité à son tour et transmettra plus de sperme.

La fonction biologique de l’orgasme féminin étant de multiplier les chances du sperme d’être retenu, dans un mouvement d’aspiration induit par les mouvements musculaires et les actions chimiques, les femelles puis femmes eurent également la possibilité d’enchaîner plusieurs orgasmes directement l’un après l’autre. 

Ce ne fut pas le cas des hommes. Après une relation sexuelle, les hommes connaissent une « période post-éjaculatoire réfractaire » : ils ne peuvent recommencer immédiatement avec la même femme, et ont besoin de temps pour retrouver toute leur vigueur. Mais devinez-quoi ? La période réfractaire est réduite ou inexistante si une nouvelle femme se présente. C’est ce qu’on appelle l’« effet Coolidge », présent chez les deux sexes mais nettement plus intensément chez les hommes. 

L’effet Coolidge et la pornographie moderne : Les sites de pornographie en ligne consistent en une offre de milliers de vidéos courtes sur lesquelles les utilisateurs vont cliquer les unes à la suite de l’autre et donc sans cesse relancer un pic de dopamine de par l’excitation d’un nouveau partenaire virtuel ou d’un nouveau plan de caméra. Ces répétitions fréquentes et les rushs de dopamine qu’ils entraînement vont littéralement hypnotiser le spectateur, le scotchant devant l’écran et augmentant par là drastiquement le potentiel d’addiction. 

L’effet Coolidge et le couple : Trop faire l’amour en couple, et qui plus-est toujours de la même façon, va créer une habituation et diminuer l’interêt qu’ont les deux partenaires l’un pour l’autre. Précisément, c’est l’enchaînement d’orgasmes dans un trop court laps de temps qui va petit à petit “lasser” notre système dopaminergique — le système de la recherche de nouveauté et de la récompense — ainsi qu’épuiser nos stocks d’ocytocine, l’hormone de l’attachement. Laisser un laps de temps de minimum deux ou trois jours entre les relations sexuelles permet de diminuer cet effet, et il existe des méthodes de cultivation de l’énergie sexuelle permettant de l’inverser : c’est le cas de la méthode Karezza qui permet de déverser des cascades d’ocytocine en limitant celles de dopamine, responsables de l’habituation. 

L’orgasme est en somme un nouvel indice de la grande restructuration du mode reproductif humain, passant de la promiscuité totale à l’union sexuelle de couple. 

Car si restent des vestiges de notre passé de primate de forêts, comme le cri d’orgasme — ayant muté de fonction — ainsi que l’Effet Coolidge, le rapport sexuel Humain intègre une incroyable mécanique neurochimique ayant pour but d’attacher les deux partenaires. 

Prenez par exemple la dopamine et l’ocytocine, deux neurotransmetteurs essentiels. La dopamine s’occupe de nous donner la motivation d’aller vers nos buts, l’ocytocine est “l’hormone de l’attachement”. 

L’orgasme active des zones du cerveau en relation avec la dopamine, augmentant l’importance du partenaire dans sa vie et induisant une plus grande motivation pour des futures relations sexuelles avec celui-ci. Au fil des accouplements, l’ocytocine libérée va quant à elle réduire l’intervalle de temps nécessaire à la prochaine érection chez l’homme, augmente l’intérêt amoureux pour les deux partenaires et intensifie les futurs orgasmes. 

Le sexe, comme souvent avec l’être humain, présente donc une sorte de dualité faite d’une part animale et d’une part Humaine : le sexe perdit un peu de sa fonction purement reproductive au profit d’une fonction de “pair-bonding”, c’est-à-dire de formation d’un couple visant à l’éducation d’un petit à croissance extrêmement lente. 

On peut donc extriquer le sexe et l’amour : Il peut y avoir du sexe sans amour et de l’amour sans sexe. Mais avec comme deux aimants qui cherchent toujours à se rejoindre, les tenir à distance demande du travail — du moins pour la majorité de l’espèce. 

Un parfait exemple de l’intrication entre sexe à but récréatif et sexe à but reproductif : les préliminaires. 

Le plaisir que nous retirons des préliminaires sexuels a, en plus de sa fonction d’excitation permettant le rapport, une fonction évolutive. 

Les baisers avec la langue, cunnilingus, fellations, ont pour objet d’harmoniser la résistance de la mère aux microbes du père, pour transmettre au fœtus cette résistance qui lui sera nécessaire de par son éducation longue nécessitant deux parents. 

Mais ces échanges microbiens dépassent le cadre amoureux : se serrer la main entre hommes ou câliner ses amis/ parents permettra aussi d’harmoniser et renforcer la résistance générale du groupe aux microbes du milieu. En fin de compte, tous nos actes jusqu’aux plus anodins sont d’une grande profondeur.

L’orgasme donne d’autres indices sur notre incroyable évolution.

Une relation sexuelle est une danse. Une belle danse exprime de l’émotion, de l’attention, de l’harmonie et du rythme. 

Atteindre le pinacle, l’orgasme, demande de l’émotion, de l’attention, de l’harmonie et du rythme. Ce rythme, s’il dépend de la connexion émotionnelle entre les deux danseurs — pour parfaitement se synchroniser il faut se connaître — dépend également de la simple biomécanique de notre corps. Et plus précisément, de là d’où viennent les coups de reins : le bassin. 

Une chose intéressante avec le bassin est qu’il s’agit d’une partie de notre corps qui connut une pression sélective gigantesque lors de notre passage à la station bipède. Dans un temps où des chats de trois cent kilos vous épiaient en permanence, ce furent les individus au bassin le plus adapté pour la course sur deux jambes qui survirèrent .

Est-ce que l’orgasme humain et sa fonction d’attachement amoureux se développa en même temps que cette pression sélective sur le bassin ? Oui. Ce fut lorsque notre espèce entra dans sa phase de Chaos Primordial.

Suivez-moi pour la suite. Cela arrive bientôt.

Boris Laurent 

Publié dans: Non classé

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