Qu’est-ce que 99% des gens ne comprennent pas ?

Eux-mêmes bon sang !

Les gens ne se comprennent pas : ils ne comprennent rien de leur propre mécanique interne ni des effets qu’elle a sur leurs comportements.

Prenez par exemple le cas du cortex préfrontal, cette zone du cerveau responsable des plus hautes capacités cognitives humaines. C’est le cortex préfrontal qui vous permet de planifier l’avenir, peser le pour et le contre et vous lever pour aller travailler ou aller au sport le soir.

Le cortex préfrontal consomme énormément d’énergie. Il est très difficile de réfléchir profondément après une grosse scéance de sport, et à l’inverse difficile d’aller au sport après un gros travail cognitif ; c’est parce que le cerveau s’il ne représente que 2% de la masse totale de notre corps requiert pourtant 20% de son énergie. C’est énorme.

Ce que nous apprennent les études sur cette partie du cerveau, c’est que la volonté est une ressource finie. C’est aussi un muscle qui décroit ou croit en puissance en fonction de son utilisation au fil du temps.

Si l’on demande à des gens d’effectuer une tâche cognitive complexe, comme résoudre des équations ou écrire une dissertation, ils seront après elle moins pro-sociaux, moins charitables et plus enclins à mentir qu’avant la tâche[1] .

Confrontez-les ensuite à une tâche provoquant un ascenseur émotionnel, et ils seront nettement plus enclins à tricher dans leur régime alimentaire défini[2] – par exemple manger un Mcdo s’ils sont au régime

Et en parlant de nourriture, quand les gens ont faim ils seront nettement moins généraux dans un jeux économique. Plus grave : au tribunal, vous aurez plus de chances de bien vous en sortir si votre audience se déroule après que les juges aient mangés[3] .

Nous pourrions aussi parler de l’impact de votre configuration hormonale (spécialement les taux de testostérone) sur vos vues politiques. Ou encore de l’incroyable cocktail chimique responsable de votre dernier coup de foudre amoureux, et comment cette explosion de vie à l’intérieur de vous modifiait vos comportements. Nous pourrions aussi parler des gens qui se sentent épuisés alors qu’ils boivent de la bière tous les jours, l’alcool perturbant le sommeil et taxant dans les réserves de neurohormones relaxantes. Ou encore de ces gens qui se plaignent de n’avoir aucune motivation alors qu’ils fument un paquet de cigarettes par jour, le tabac taxant énormément dans la dopamine, neurohormone de la motivation. Ou encore, et celle-là est une spéciale pour les jeunes hommes, ceux qui se croient désintéressés de l’amour et des femmes sans comprendre que leur consommation de pornographie et le drainage de leur énergie par la masturbation y est peut-être pour quelque chose.

La pensée générale de notre époque, son “zeitgeist’, est encore fortement imprégnée de ce qu’on appelle “la dualité corps-esprit”. Long story short : on peut la ranger au placard, mais développons un peu car c’est un sujet extrêmement important.

Prenons les contenus de développement personnel, ceux à la David Laroche, à l’américaine. Le concept de base est que vous pouvez avec de l’effort complétement changer votre système de croyances. En modifiant ce système, vous allez changer votre personnalité, vos habitudes, comportements, bref votre vie et votre destin. Peu importe qui vous-êtes et où vous êtes, vous pouvez, vous, aujourd’hui, grâce au développement personnel, devenir la personne que vous avez toujours rêvé d’être. Woaw.

La recette ? Essentiellement penser positif. Yep, il faut penser positif. Et surtout, surtout,

Il FAUT PENSER POSITIF.

Penser positif, cool, tout va bien, penser printemps, voilà, avec un beau sourire et un slogan creux de manager de campagne macroniste à court d’idée, comme ça :

Pourquoi le développement personnel connaît autant de succès en Occident ?

Premièrement car c’est un retour à la spiritualité, et que notre monde post-industriel hyper-dopaminergique, hyper-matérialiste, hyper-capitaliste, hyper-concurrentiel et hyper-individualiste en réclame avec grand soif.

Le développement personnel et son pouvoir de la pensée réunit avec le spirituel. Sa focalisation sur le pouvoir de la volonté attire l’occidental qui cherche à se faire une place dans sa société. La création d’un système de valeurs autour de ce mouvement crée dans une communauté, ramène de l’union et de l’appartenance à biens des gens qui n’en trouvent plus ailleurs.

Le must ? Les bonnes vibrations. Lorsque vous refermez un livre, vous êtes revigoré. Sûr de vous. Vous remerciez du fond de votre coeur cet auteur qui a su panser et penser vos plaies l’espace d’un moment et vous redonner courage. Il y a de l’énergie dans ce mouvement, des sourires, de l’émotion, de la bienveillance. L’autre must est qu’il n’y a peu voire pas de codes stricts, de devoirs ou d’interdits : il y a par contre beaucoup d’espoir et … hehem… beaucoup d’argent.

Venons-en au concret. Je ne considère pas le self-help comme fondamentalement une arnaque. En psychologie existe ce que l’on appelle “l’effet d’amorçage” : rassemblez simplement un groupe de gens, faites leur rédiger un texte sur les personnes âgées, et ces gens à la sortie marcheront plus lentement que ceux qui ont dû écrire sur un autre sujet. L’effet d’amorçage nous apprend que l’être humain est une réelle éponge, et que lire des affirmations positives avec conviction chaque matin est effectivement excellent – à la fois pour votre confiance en vous et même pour votre santé (effet placebo et effet psychosomatique)

Alors, quel est le problème ? Le problème est la dualité corps-esprit que l’on retrouve dans ce mouvement (et aussi en politique, gardez-cela pour plus tard).

Il y a une énorme différence entre donner aux gens des astuces pour déjouer leurs mauvaises habitudes ou reprendre confiance en eux, et leur dire qu’ils peuvent devenir tout ce qu’ils veulent devenir grâce au pouvoir qui est en eux.

Le premier cas est un service publique. Le deuxième cas est un mensonge. Le premier cas est utile au groupe. Le deuxième cas lui est néfaste. Mais le deuxième cas offre beaucoup plus d’espoir et ramène donc beaucoup plus d’argent.

Prenez quelqu’un qui souffre d’anxiété sévère. Cette personne cherche avec alerte les causes de son trouble et bien sûr les remèdes. Elle navigue sur le net, tappe “stress” ou “anxiété” ou “confiance en soi”, et de fil en aiguille arrive chez Tony Robbins ou David Laroche. C’est la claque. Il a les mots. Voilà ! C’était ça ! Il fautque je crois en moi, il faut que je penses positif, je peux le faire, je peux le faire ! Tous les livres y passent. Les séminaires, les conférences. A chaque fois ce même réconfort : j’y suis presque, cela ne dépend que de ma volonté.

Les choses pourtant ne s’arrangent pas vraiment entre deux livres ou deux séminaires. Car oui, et cette personne l’apprendra à la dure : tout ne dépend pas de notre seule volonté, et cela, c’est une vérité crue que l’Occident tout entier a beaucoup de mal à s’admettre.

Pourquoi ? Car cela fait peur de reconnaitre ses propres faiblesses réelles dans ce monde individualiste et concurrentiel, où c’est désormais l’individu qui est le centre, et plus la communauté ou la tribu ou la famille.

Donc nous préférons nous paître dans des belles illusions plutôt que d’oser affronter des réalités parfois difficiles mais qui nous sauverons si acceptées et comprises, au contraire des belles illusions agréables mais qui nous tueront sur le long-terme.

Nous préférons les beaux mensonges agréables aux dures réalités salvatrices, et nous blâmons ceux qui osent nous rappeler que le monde n’est pas souvent comme nous voulons qu’il soit. Nous sommes devenus des utopistes et nous haïssons les tragiques, ces troubles-fêtes.

Comment admettre ses propres limites ou certaines réalités immuables dans une société de consommation où l’on vous rabâche à la télévision que “tout est possible” ? Le self-help est un pur produit moderne, gonflé à l’image, l’émotion, l’espoir, l’illusion, et il est le reflet d’un monde où beaucoup se sont déconnectés du pragmatisme de leurs ancêtres. Celui qui était nécessaire pour simplement survivre dans un système agricole, ou encore plus loin dans un système chasseur-cueilleur. Le self-help est la nouvelle religion de l’Occidental de l’économie tertiaire post-industrielle et de la culture post-moderniste.

Cette personne anxieuse dont nous parlions. Elle finit par aller mieux. Elle comprit que, peut-être, sa seule volonté ne suffisait pas, que, peut-être, il fallait aller voir du côté de sa neurobiologie cérébrale. Elle découvrit qu’elle avait des niveaux anormalement bas de sérotonines. Ou de Gaba. Ou de dopamine, justement impliquée dans la puissance de sa volonté et, bref, que sa mécanique était à revoir. Elle comprit que vous pouviez acheter autant de séminaires de Self-help que vous vouliez, si votre environnement externe et interne n’était pas parfaitement sain cela ne servirait pas à grand-chose, et qu’elle avait perdu du temps avec les marchands du temple se nourrissant de ses émotions et de son désespoir – même si ceux-ci n’avaient pas été complétement inutiles.

Nous ne sommes pas un esprit et un corps. Nous sommes un esprit dans un corps, un corps dans un esprit, notre corps est le temple et le générateur de notre esprit et notre corps est influencé par le monde qui nous entoure jusqu’à l’univers entier.

Cette pensée du “tout est possible” ou du rejet du matériel concret s’étend aussi au sociétal et au politique, avec par exemple la considération qu’il est parfaitement sain d’apprendre à un petit garçon qu’il peut être une petite fille s’il veut, par la puissance de sa volonté, car au fond homme ou femme ce n’est qu’un état d’esprit. Dualité corps- esprit. Ou encore dans la politique globaliste moderne, où l’on martèle que la culture d’un peuple serait effaçable ou modifiable sur commande, qu’une identité nationale n’est qu’une idée et que nous pourrions donc toutes les mélanger sans problèmes et sans précautions – ce qui est totalement faux (mais très popularisée par le livre “Sapiens” de Yuval Noah Harari, distribué dans les écoles; voir ici sa critique). Dualité corps-esprit.

La dualité corps esprit mène à se perdre dans le monde des idées, et l’Histoire nous apprend que le retour au réel fait toujours très mal. Il faut réunir la spiritualité avec le pragmatisme avant que nous dépassions le seuil critique. Il faut redonner de l’espoir aux occidentaux et baser cet espoir sur des réalités concrètes.

Notes de bas de page

[1] http://Mead, N. L., Baumeister, …

[2] http://Inzlicht, M., & Marcora, …

[3] http://Briers, B., Pandelaere, M…

Publié dans: Non classé

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