Pourquoi les enfants demandent pourquoi, et pourquoi certains gardent leur âme d’enfant

L’autre jour, on me fit remarquer que c’était vraiment mon truc de m’interroger sur tout et n’importe quoi en permanence. Alors je me demandas pourquoi ce mot, “pourquoi”, revenait tellement dans la bouche de ma voix intérieure. Pourquoi n’avais-je jamais lâché ce réflexe de l’enfant qui s’émerveille à chaque instant du monde ? Pourquoi étais-je un obsédé du pourquoi ?

Nous sommes des chasseurs-cueilleurs d’informations, et c’est ce qui fait tourner le monde

Au départ, il y a l’enfant qui découvre le monde qui l’accueillera pour cette vie. Les yeux illuminés de curiosité et de découverte, il regarde, il touche, il questionne. “Papa, pourquoi-ci ? Maman, pourquoi-ca ?”. Ses parents lui répondent, et là : “Woaah !”.

L’enfant est un être humain à l’état brut. Cette époque de la vie est celle où tous les instincts fondamentaux sont les plus saillants, et cette manie qu’on les enfants de parfois harceler les adultes de questions révèle en réalité notre besoin de connaissance. Oui, notre besoin. Réellement.

Qu’est-ce qui nous pousse à tant rechercher l’information dès l’enfance ? Adorer les histoires, le savoir, mais aussi vouloir de belles vues dans nos chambres d’hôtels, des choses belles ? En effet, une belle vue sur mer est techniquement plus riche d’informations qu’une vue sur mur en prison ; les photons que nous recevons dans la rétine sont de l’information, et une plage est techniquement plus riche en photon qu’un mur.

En 1981, des chercheurs firent une découverte épatante. Nous avons dans notre corps ce qu’on appelle des récepteurs à opioïdes. Les opioïdes sont les substances calmantes que nous produisons et qui se déchargent lorsque nous nous blessons, mais aussi simplement lorsque nous éprouvons du plaisir. Sans surprise, la plupart de ces récepteurs sont situés dans des parties de notre système nerveux qui sont impliquées dans nos réponses à la douleur et à la récompense, mais ce que ces chercheurs découvrirent, c’était que nous avons également de tels récepteurs dans la partie de notre cerveau qui s’occupe du traitement visuel ; qui s’occupe des choses que nous voyons, reconnaissons et à quoi nous les associons.

Concrètement, cela signifie que les parties de votre cerveau responsable du traitement de ce que vous voyez et reconnaissez possède des récepteurs à “molécules du plaisir”. Et quand vous voyez quelque chose de beau, quelque chose de fertile dans le sens porteur de vie, où qui vous parle, vous ressentez littéralement du plaisir et de la relaxation. Mais ce n’est pas tout.

Ils découvrirent que ces récepteurs étaient les plus nombreux dans la zone qui s’occupent d’associer ce que nous voyons avec ce que nous connaissons, avec nos souvenirs. Et ceci veut dire que vous ressentez également du plaisir lorsque vous reconnaissez quelque chose, et par extension que vous le comprenez. Car comprendre n’est qu’associer avec le nouveau concept des concepts que vous avez déjà assimilés, comprendre c’est en quelque sorte faire une synthèse.

Le beau et (est) le simple

Revenons à notre histoire de vue sur mer. Les gens veulent des vues sur mer parce qu’ils pourront voir quelque chose de beau. La mer. La plage et les gens qui rient, profitent, la joie. Et si c’est beau, c’est parce que c’est porteur de vie. Parce nous sommes des animaux sociaux et qu’être entouré d’autres gens, ou du moins ne pas nous sentir seul, nous relaxe profondément. Et parce que la mer et la côte sont des lieux riches en aliments, un espace que nos ancêtres occupent depuis la nuit des temps pour leur survie – en être attiré est implanté en nous, comme aimer se mettre au soleil en terrasse l’après-midi.

Lorsque l’enfant demande “pourquoi” et trouve une réponse, il se crée de nouveaux concepts et en ressent beaucoup de plaisir. Mais si ce plaisir vient d’abord de la compréhension en elle-même, elle vient aussi de la nouveauté. La nouveauté module la réaction de plaisir à une information : si quelqu’un vous raconte une blague pour la première fois, elle sera hilarante. Moins la deuxième, puis plus du tout la troisième. C’est parce que vous avez intégré la blague et que votre esprit a littéralement intégré le concept, atténuant ainsi la réaction de plaisir face à la nouveauté.

Au départ, il y a donc l’enfant qui chaque fois qu’il comprend éprouve du plaisir car nous sommes des “infovores” ; que l’information qui nous est utile est littéralement comme de la nourriture – la recherche d’informations et le plaisir en découlant empreinte les mêmes circuits cérébraux que ceux utilisés pour la nourriture. Et plus nous avons d’informations pertinentes, plus nous réduisons l’incertitude et l’inquiétude, tout comme si nous avions des tonnes de viande séchée dans un bunker en période de guerre. Mais par la suite, de grandes différences individuelles vont se développer entre ceux qui transmuteront cette chasse à l’information dans le monde des idées, et ceux qui maintiendront cette chasse à l’information dans le monde concret, comme dans les relations sociales.

Laissez-moi vous expliquer ma théorie.

Tout être humain est par essence un infovore qui garde sa curiosité d’enfant. Mais c’est un gradiant, et certains restent plus “enfantins” que d’autres sur cet aspect. Dans ceux qui restent les plus enfantins dans cette chasse à l’information, il y a ceux qui vont maintenir la chasse dans le monde concret, c’est-à-dire dans ce qui se passe concrètement autour d’eux : la vie sociale qui les entoure, les actualités de leur ville, de leur job. Ils pourront par exemple faire de bons politiciens, responsables, policiers, ou artisans qui chasseront l’information la plus utile à leur domaine afin de améliorer sans cesse. Ces gens sont majoritaires, simplement car dans notre histoire évolutive c’était d’eux que la tribu avait le plus besoin. Il fallait une majorité de gens terre-à-terre focalisés sur leur environnement immédiat. Mais il fallait aussi une minorité “d’artistes”. Les chamans. Les druides. Les sages. Ces artistes, ce sont ceux qui transmutent cette chasse à l’information dans le monde des idées, dans l’abstraction, dans l’imagination. Ce sont les penseurs. Les créatifs. Et ce sont ceux qu’on appelle des esprits “hyperdopaminergiques”.

Les grands enfants du monde des idées

Lorsque nous entrons dans l’abstraction, nous faisons tourner notre système dopaminergique, le système de la dopamine. La dopamine est ce neurotransmetteur responsable du comportement exploratoire, mais aussi de notre activité motrice. Lorsque nous avons beaucoup de dopamine, nous cherchons à comprendre mais nous cherchons aussi à explorer. Cela se traduit par une activité motrice, de l’énergie, mais aussi par une capacité de réflexion qui turbine : c’est à cela que sert le café, et cela se voit aussi par le fait que nous levons les yeux quand nous réfléchissons : c’est le signe que de la dopamine est libérée, car la dopamine est ce qui nous pousse dans la projection vers le futur au sens propre comme au figuré : le futur de notre vie, mais aussi le futur devant nous, devant notre corps ainsi que l’infini au-dessus.

Posez-vous à ce propos cette simple question : à votre avis, dans toutes les traditions religieuses, pourquoi le paradis et en haut et l’enfer est en bas ? Pourquoi le ciel est considéré comme le but et le sol comme le lieu de l’échec ? La réponse est simple. Le haut est l’infini mystérieux à explorer. C’est la terre promise, le lieu de l’ espérance. En bas, c’est la chute, l’échec. Nos grandes traditions sont aussi en fonction de nos pensées, et nos pensées sont aussi en fonction de notre biologie – en occurrence de l’activité de notre dopamine. Dans toute notre Histoire, nous avons associé le paradis avec le ciel simplement car il s’agissait d’une terre promise impossible à atteindre par un moyen physique. Et que même aujourd’hui, si nous possédons avions et soucoupes spatiales, nous ne savons pas ce que nous réserve l’au-delà de l’univers observable. Alors ? Alors notre instinct exploratoire nous fait regarder vers le haut et y considérer une terre promise.

L’enfant est un esprit hyperdopaminergique. Il court partout, est plein d’énergie et pose plein de questions. Il a besoin d’extérioriser. Chez l’enfant, cette activité hyperdopaminergique reste cantonnée à son environnement concret et immédiat, ce qui l’entoure, car il n’a pas encore la capacité d’abstraction, et il ne peut pas encore transvaser ce comportement exploratoire dans l’imagination et le monde des idées. Bien sûr un enfant est extrêmement imaginatif – pensez aux monstres sous les lits ou leur amour pour les histoires – mais il ne peut pas encore pleinement jouer dans ce terrain de l’imaginaire et aller y chasser de l’information. Des images lui viennent en tête, mais il ne le génère pas encore volontairement.

Lorsque vers 8–10 ans les enfants commencent à pleinement développer cette abstraction cependant, les grosses différences individuelles dans la chasse à l’information dans le monde concret ou le monde des idées se mettent en place. Ces différences dépendent de la personnalité qui est en fonction de la génétique et du vécu, et entre ceux qui vont peu s’interroger sur les mystères de la vie, ceux moyennement et ceux encore qui en seront obsédés, il y aura des variations par exemple dans le trait de personnalité “recherche de nouveauté”, “ouverture” ou encore “transcendance”.

Cet intérêt pour trouver des réponses va se canaliser chez certains dans un domaine spécial, comme les mathématiques ou la physique, mais chez d’autres cela s’étendra à une gamme infinie de sujets, à une vue globale qui cherchera à comprendre tout ce qui l’entoure et en fait de grosses synthèses.

Et en bout de course, la société se retrouvera avec des gens super-infovores (super curieux) et d’autres peu, mais aussi des infovores du monde des idées et d’autres plutôt dans le concret. Il y en aura enfin ceux , plus rares, qui seront à la limite des deux mondes, ni trop haut ni trop bas, capables d’aller très haut dans l’abstraction mais dans le même temps de ramener l’information chassée au monde concret, et chercher à comment l’appliquer pratiquement. Ils philosophent mais en tirent des conclusions et du savoir utile. Ils observent le monde qui les entourent et en tirent des conclusions par analogie sur ce qu’ils ne voient pas, et sur les aspects métaphysique de ce monde. Ou a l’inverse, se plongent dans la métaphysique et en tirent des conclusions à propos de choses qu’ils expérimentent sans en comprendre la raison.

Ce sont eux, ceux qu’on appelle les grands philosophes. Ce sont les grands chamans de notre temps.

Publié dans: Non classé

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