Déclarer la guerre à son cerveau

S’il fallait un seul exemple / Le cerveau est plastique et vous pouvez le changer sur commande

Chaque fois que la vibration sonore d’une sirène d’une ambulance venait frapper ses tympans, ses yeux s’ouvraient grands, les pupilles dilatées. Le stress. C’était le stress. L’angoisse, la peur, l’anxiété, la frustration, la haine — pas contre l’ambulance, non, contre lui-même. Il se détestait. Nous avons tous nos petites obsessions, nos petites peurs, nos petites angoisses que l’on sait idiotes et que l’on aimerait corriger.Il y a ces petites montées de stress futiles, mais heureusement souvent éphémères. Lorsque l’araignée a été capturée, lorsque la réponse au texto est venue et finalement que tout va bien, le tracas s’envole et l’on passe à autre chose. C’est comme cela que la majorité des gens fonctionnent.Chez certaines personnes, les choses ne se passent pas aussi bien. Il y a par exemple les phobies, ces peurs exagérées de l’avion, des chiens ou même des autres : la phobie ou anxiété sociale. Il y a aussi les syndromes de stress post- traumatiques, ceux des vétérans de guerre, ceux des violés, ceux des battus. Et il y a les troubles obsessionnels compulsifs (TOC).

DansBrain Lock, le Dr Jeffrey Schwartz raconte l’histoire de ce jeune homme qui se sentait obligé de prendre sa voiture dès qu’il entendait une sirène d’ambulance. Parfois en pleine semaine et en pleine nuit, il se levait de son lit, enfilait un manteau par-dessus son pyjama et partait foncer en voiture pour tenter de retrouver l’ambulance et arriver sur les lieux.Si l’ambulance avait été appelée pour un arrêt cardiaque ou un excès d’alcool, le jeune homme pouvait repartir sereinement. Mais si le sujet de l’urgence concernait un accident de la route, alors la frénésie commençait. Il sortait de sa voiture, saisissait de son coffre des jerricanes d’eau et une brosse, et se mettait à brosser furieusement la zone. Le but ? Tout faire pour qu’il n’y ait pas une seule goutte d’acide de batterie électrique dans la zone. Il avait une peur panique que cet acide ne provoque une réaction en chaîne risquant de le tuer.On généralise souvent les TOC à ces gens se lavant des dizaines de fois les mains par peur d’être contaminé, ou encore à des formes plus complexes comme le cas de ce garçon. Mais les troubles obsessionnels compulsifs ne concernent pas que tous ces comportements étranges et incompréhensibles. En fait, ce type de TOC s’il est évidemment un véritable supplice pour l’individu, a au moins le mérite d’être visible, ce qui donne au souffrant plus de chances de pouvoir se faire aider. Car parfois, ce trouble anxieux extrême est encore plus sournois. Fourbe. Il est là sans être là. Il se terre. Où ça ? Dans la tête, dans le cerveau, dans le cœur et dans l’âme, en réalité partout, impreignant chaque cellule nerveuse du corps, grignotant chaque seconde et chaque millimètre carré de la vie de l’individu.

Parfois, le TOC ne s’exprime pas par des actes et reste cantonné aux pensées, des pensées obsessionnelles faites de peurs irrationnelles, tournant en boucle comme des mouches, comme des vautours. La personne religieuse peut souffrir de pensées blasphématoires causant culpabilité et incompréhension totale. Elle se croit possédée. Le père de famille de la peur obsessionnelle de faire du mal aux siens. Il se croit devenir psychopathe. La jeune fille de la peur constante d’être rejetée et haïe. Elle se voit avec autant d’amour que n’en renferme le mur en pierre d’une prison.Une personne avec ce type de TOC invisible peut rester des années voire des décennies dans cette souffrance silencieuse. Sans en parler à personne, car les peurs soulèvent toujours un bout de cauchemar, et il y a des cauchemars que nous préférons oublier.Une femme était par exemple constamment dans l’angoisse de faire du mal voire de tuer son bébé : sa maison ne comportait aucun objet potentiellement dangereux, pas même le moindre couteau de cuisine, car elle était paralysée à l’idée de pouvoir faire du mal à son petit. Elle ne voulait pas le faire bien sûr, elle n’avait d’ailleurs jamais été violente avec lui, mais c’était l’idée, le cauchemar, la possibilité physique qu’elle, en tant qu’être humain, pouvait potentiellement tuer son enfant qui la terrifiait jour et nuit.

Leon Tolstoi

Durant plusieurs années, le grandiose écrivain russe Léon Tolstoï était convaincu que si l’on le laissait seul ne fut-ce qu’une heure dans une pièce, il allait forcément trouver un moyen de se suicider.

“La vie me devint odieuse : une force invincible me tirait pour me libérer d’une façon ou d’une autre hors de la vie, elle était plus forte, plus intense que le vouloir commun. C’était une force semblable à la force précédente à la vie, mais sur un plan inverse. De toutes mes forces je me dirigeais hors de la vie. La pensée du suicide me vint aussi naturellement que me venaient auparavant des pensées sur l’amélioration de ma vie. Cette pensée était si tentante que je devais employer contre moi des ruses afin de ne pas la mettre en œuvre trop rapidement. — Léon Tolstoï, Confession

Léon avait probablement un trouble obsessionnel compulsif.Le sien consistait en la peur maladive de se suicider, il aurait pu être celui de devenir meurtrier, violeur, prisonnier, malade, brûlé vif, et la liste est sans fin. La fin elle, la grande fin, est souvent envisagée pour mettre un terme aux souffrances d’un système nerveux en feu depuis des années : les troubles anxieux non traités mènent souvent à la dépression grave et parfois au suicide. Qui peut blâmer un Homme de ne plus craindre la mort quand il a déjà connu l’enfer.

Tolstoï ne comprit sans doute jamais le pourquoi exact de cette peur irrationnelle qui tournoyait en lui. L’époque n’était pas encore la nôtre, c’est-à-dire l’époque la plus révolutionnaire que cette terre ait connu. Car même si les véritables causes génétiques des prédispositions aux troubles obsessionnels sont encore peu comprises, l’imagerie médicale démontre aujourd’hui le mécanisme à l’action dans le cerveau, de sorte que pour la première fois, les gens peuvent agir concrètement et soigner directement leur TOC grâce à ce qu’on appelle la neuroplasticité, c’est-à-dire la capacité du cerveau à se modifier lui-même ; à nous-même de nous modifier nous-même pour nous améliorer tout en nous sauvant de nos addictions, peurs et mauvaises habitudes.Et cela, vous savez, c’est quelque chose d’absolument fabuleux.

L’objet le plus complexe de l’univers est régi par des lois simples

Tout ce que nous faisons dans notre vie (tout, absolument tout) et qui implique une émotion (mais tout implique un certain degré de réponse émotionnelle, du plus haut au plus inaperçu, et c’est ici que je suis en désaccord sur un point du livre How emotions are made ; nous verrons cela dans un prochain article) va se graver dans le cerveau sous formes de connections synaptiques, c’est-à-dire de connections entre synapses.Les synapses sont les autoroutes entre neurones et les neurones sont les cellules nerveuses assurant la transmission d’informations dans le cerveau et vous permettant de vivre.

Dans votre sommeil, ces connections vont par la suite soit se dégrader peu à peu, car la situation ne se représentera plus ou le souvenir ne présentera plus d’utilité, soit au contraire se consolider si l’acte est réitéré, et si la pensée revient en tête et que l’on y accorde de l’attention. La force de cette consolidation sera en rapport avec la force de l’émotion qui a été ressentie.« Ne vous couchez pas sur votre colère » nous dit la Bible. Bon point pour les croyants, c’est vrai. On empêche parfois les victimes de traumatismes de dormir dans les moments suivant le drame afin de ne pas les laisser s’endormir plein d’angoisse ou de colère, et donc de consolider efficacement le souvenir (Yunzhe Liu & al., 2016).

Ça, c’est pour les souvenirs, les automatismes, les habitudes. Chaque jour et chaque nuit, le contenu du cerveau est différent, et chaque jour c’est une nouvelle personne qui se réveille dans un nouveau monde.On pourrait alors croire que la plasticité ne concerne que la mémoire, que les synapses, mais pas du tout : les différentes parties mêmes du cerveau se transforment physiquement et physiologiquement afin de s’accoler au mieux aux tâches répétées que votre style de vie exige. Le cerveau est un bloc de pâte à modeler que vous façonnez par vos actes — et vos pensées.

Quelques exemples : Tout comme les végétaux, le cerveau se branche sur les variations saisonnières : l’hypothalamus, zone impliquée dans la relation entre système nerveux et système hormonal, est plus grand en taille en automne et se réduit au printemps (Anthony D. Tramontin, Eliot A. Brenowitz, 2000). Plus fort, cerveau lui-même ne fonctionne pas de la même façon en hiver qu’en été : le maximum de sa capacité d’attention soutenue se situe vers mi-juin, et le maximum de performance dans une tâche impliquant la mémoire de travail (capacité à retenir plusieurs informations momentanément et à les manipuler) se situe juste avant l’hiver, vers mi-septembre (Meyer et al, 2016).Ce pattern, probablement plus marqué chez les êtres humains originaires de l’hémisphère Nord, s’est sûrement développé conjointement à l’obligation de préparer un maximum l’hiver durant l’été, par exemple en préparant les outils nécessitant des matériaux végétaux ou en choisissant soigneusement les plantes médicinales à conserver. Les chauffeurs de taxis expérimentés dans les grandes villes ont des hippocampes nettement différents par rapport à la moyenne (Maguire, E. A., Gadian, D. G., Johnsrude, I. S., Good, C. D., Ashburner, J., Frackowiak, R. S., & Frith, C. D. 2000). On ne parle pas des poissons bizarres mais bien d’une certaine partie du cerveau impliquée dans la mémoire spatiale ; notre corps en réponse aux nécessités va donc ajuster même très localement et de façon ciblée certaines parties du cerveau afin de s’adapter le mieux.Mais cela ne se cantonne pas qu’à un développement des zones utilisées, c’est en fait tout le système cérébral qui va devenir de plus en plus performant à la tâche. Et par performant, il faut comprendre qui utilise le moins d’énergie pour maintenir le même résultat et encore l’améliorer.Lorsque vous apprenez ou faites quelque chose de nouveau (se mettre à lire, à étudier convenablement, à faire du sport, à cuisiner ou encore arrêter une addiction), le plus difficile sera le début, le temps que le rouage cérébral se configure et s’endurcisse. Mais plus vous continuerez, plus cela sera facile, et vous ouvrirez alors la voie à un progrès exponentiel. Le progrès et la réussite ne sont pas des courbes linéaires, ce sont des courbes exponentielles 

Le plus difficile est de s’y mettre et de tenir bon le temps d’acquérir les bases, puis les choses décollent.

Le cerveau d’un musicien professionnel montre par exemple beaucoup moins d’activation dans les zones du contrôle moteur qu’un musicien débutant (Krings et al, 2000). Même quand l’artiste tape des doigts sur le piano à la vitesse de la lumière, son cerveau consomme moins que celui d’un musicien amateur.Mais bref, tous ces cas sont très connus et il n’est pas nécessaire de devenir taximan ou commencer la flûte de pan pour agir là, aujourd’hui.Que dites vous de découvrir comment vos pensées affectent concrètement votre cerveau ? D’apprendre à le redessiner soi-même, selon ses envies ? A devenir plus rapide d’esprit ? A réduire l’impact du stress en augmentant le nombre de ses récepteurs d’endorphines ? Et même à utiliser intelligemment les substances psychédéliques pour améliorer sa vie ?Prêt ? Alors quel est le plan ? Simple.

Partir en guerre

Publié dans: Non classé

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